Archive | juin 2013

Cannonball et supergendarmes – gros lieux communs et vraies questions

Bang.

Le Cannonball 2013 est lancé. Le Cannonball en une phrase c’est un rallye sauvage à travers l’Europe, à des vitesses pas toujours légales (mais finalement pas si élevées qu’on aimerait le croire), avec des étapes dans des cinq étoiles et une grosse fête à l’arrivée.

L’occasion pour nos amis journalistes de manipuler de bons gros lieux communs. Il faut dire que tous les ingrédients sont au rendez-vous : des riches, de la clandestinité, de la vitesse. Bref, tout ce qu’on adore détester en France. Comme je suis un casse-pieds professionnel, et que pour ma part j’adore détester les lieux communs journalistiques, je ne peux pas m’empêcher de relever les sottises qui se glissent dans leur articles en manque de relecture. Le candidat idéal cette année est le Figaro :

« Postés sur les ponts, au niveau des échangeurs ou encore embusqués aux sorties de service des autoroutes, ces traqueurs de bolides équipés de jumelles sont appuyés par des hélicoptères, des pelotons autoroutiers roulant en BMW 1 300 cm3 mais aussi en Renault Mégane RS capables de mener des chasses à des allures frisant les 250 km/heure. »

Un très beau doublé, car si les gendarmes motocyclistes roulent effectivement (pour certains d’entre eux) en BMW, pas besoin d’aller chercher très loin pour vérifier qu’elles ne sont pas en 1300 mais en 1150 ou 1200. Une probable confusion avec les FJR. Mais de toute façon, ni l’une ni l’autre de ces motos ne peut prendre 250kmh. Quant à la Mégane RS, sa vitesse de pointe est aux alentours des 250 en théorie. Mais soyons clair, même sur autoroute il faut un bail pour l’atteindre..

Les vraies questions sont peut-être à chercher de ce côté. Les frasques haut de gammes de grandes fortunes ça vend du rêve mais on s’en cogne un peu. Il conviendrait plutôt de se demander s’il faut vraiment équiper nos pioupious de véhicules rapides d’intervention (oui m’sieur dames, c’est la dénomination officielle). C’est un avis très personnel mais pour moi ça ne sert à rien. Poursuivre un chauffard c’est le pousser à prendre tous les risques, soit par jeu (ce qui concerne surtout les fortunes étrangères qui ne craignent pas trop nos retraits de points et nos tribunaux), soit par enjeu si sa cargaison est psychoactive. Sérieusement : un go-fast ne s’arrêtera pas si une Mégane RS vient le chercher avec son bi-ton. D’ailleurs la Mégane est une bonne voiture mais elle ne sera pas assez coupleuse pour les poursuites sur grand axes (l’Audi RS6, best seller du go-fast, est deux fois plus coupleuse et deux fois plus puissante même sans préparation moteur !), et une arsouille entre gendarmes et voleurs sur petite route de campagne, c’est au mieux dangereux, au pire mortel.

La-gendarmerie-casse-la-premiere-Subaru-WRX-56081 (source Caradisiac)

En France, à la différence d’autres pays, nos gardiens de l’ordre sont sensés obéir à un principe : l’intervention des forces de l’ordre ne doit pas causer un trouble plus grand que l’infraction concernée. En clair, on évite un flag’ sur les lieux d’un braquage quand on sait que ça peut tourner à la fusillade en pleine rue. On préfère cueillir les vilains chez eux (pas besoin d’immédiateté : le flagrant délit peut être constaté dans les 48h et l’enquête de flagrance peut durer jusqu’à seize jours !). Il en est de même dans le Code de la Route (Art 432-1) :

Les dispositions du présent livre relatives aux règles de circulation des véhicules ne sont pas applicables aux conducteurs des véhicules d’intérêt général prioritaires lorsqu’ils font usage de leurs avertisseurs spéciaux dans les cas justifiés par l’urgence de leur mission et sous réserve de ne pas mettre en danger les autres usagers de la route.

Prétendre qu’on peut poursuivre des délinquants à ces vitesses sans prendre de risque pour soi et pour les autres (qui se porte garant du fait que le chauffard est aussi prudent que le gendarme ?), c’est illusoire et parfois mortel. Un exemple ? Une Subaru au tas, 6 blessés dont 2 enfants pour… 50 euros d’essence [update: ou ici un usager qui n’avait fait de mal à personne, tué dans une course poursuite entre go-fast et douanes]

Alors pourquoi nos politiques et les cadres de la Gendarmerie s’acharnent-ils à défendre ces brigades rapides ? Une histoire de testostérone, peut être. Il faut avouer que ça fait du bien d’imaginer que les gentils aussi sont puissants. C’est l’occasion d’impressionner dans les chaumières. Une simple requête sur un moteur de recherche révèle les titres de presse : « prédatrice de chauffard » (gazetteinfo), « chasseurs d’excès de vitesse » (sudouest), « arme fatale » (nicematin). Tout ce que ces titres révèlent, c’est ce désir d’impressionner. Nous aussi on a nos gendarmes couillus à l’américaine. Même si l’initiative ne date pas de cette époque, on se souvient de nos ministres devant les Subaru de 2005 (on sait avec quel succès). L’Etat fait les gros bras, mais de qui se moque-t-on ? Sur le réseau secondaire c’est suicidaire et criminel. Sur autoroute, c’est illusoire sans un gros moteur (les flics américains ont eu des Cadillac XLR-V, les allemands des 911…). Je préfère des gendarmes qui attendent patiemment à la barrière de péage.

Ah il a la peau dure ce vieux fantasme de l’Etat qui nous tient dans la crainte de son superpouvoir. Foutu Léviathan.

Leviathan_livre

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Boîtes noires routières – Zut, l’État s’en mêle

En voyant le titre de cet article du Figaro (vers une boîte noire dans les voitures françaises), je me suis dit « ça alors, il y a à la Sécurité Routière des fonctionnaires qui se tiennent au courant ». Depuis quelques temps en effet, les enregistreurs de route font leur chemin dans les habitudes des utilisateurs, le taux d’équipement étant particulièrement impressionnant en Russie et aux Etats-Unis où ces enregistreurs sont devenu une source majeure de preuves en contentieux d’assurance.

Inutile de vous dire que j’attends le mien avec impatience. Je bave devant le RoadEyeCam RecDuo, avec double objectif grand angle pour filmer la route et l’habitacle, le capteur gyroscopique pour les accélérations, freinages et chocs, la puce GPS et le stockage sécurisé des 30 dernières secondes avant un impact (si vous avez des conseils sur les Dashcams n’hésitez pas à m’en faire part, je suis très preneur).

recduo

En fait, ce que nos bien-aimés collectivistes du CNSR entendent rendre obligatoire, c’est un « enregistreur de données d’accident », qui n’enregistre rien d’autre que les mouvements du véhicules 30 secondes avant impact. Nos politiques ne perdent pas le nord : pas question d’enregistrer l’image, au cas où ils ne soient pas avec leur conjoint légitime (le coup de DSK ça les a rendu prudents !), pas question non plus d’enregistrer le son, ça n’a pas réussi à Cahuzac.

Bref, l’Etat s’en mêle et entend imposer un « enregistreur de données d’accident » à minima. Et si encore une fois on laissait l’initiative individuelle régler ça ? Je préfère avoir un équipement plus complet, d’autre n’en voudront pas du tout. Chacun décidera pour soi. Peu-à-peu les assureurs intégreront ces enregistreurs dans leur tarifs, avec des réductions pour les véhicules équipés. Peu-à-peu les chauffards seront démasqués et leur mauvaise foi sera anéantie par la preuve apportée par l’enregistreur.

Un bon exemple avec cet accident pour lequel, sans image, impossible de prouver l’innocence du routier :

Ceux qui ne voudront pas s’équiper en accepteront le risque, à leur seule responsabilité. Les équipements les plus pertinents s’imposeront d’eux-mêmes et on évitera le cortège de lois, normes, certifications rigides et vite obsolètes.

Les seniors au volant. Pas de discrimination. Enfin pas pour tous

Tiens donc, les sénateurs ne sont « pas pressés de légiférer sur les conducteurs âgés » (dixit Libé). Pour être exact, la commission des lois du Sénat a renvoyé le projet de loi à des discussions ultérieures.

Un quart des sénateurs (24,6%) avait plus de 71 ans en 2011, et près des trois quarts des sénateurs (72,7%) dépassait les 61 ans (source, senat.fr). Avec un âge moyen de 65 ans en 2011 ils n’ont pas rajeuni depuis, on pourrait donc croire que cette décision est un tantinet intéressée.

Mais pas du tout. Nos sénateurs sont altruistes, cette décision ils ne l’ont pas prise pour eux (d’ailleurs avec la 1e classe SNCF gratuite, 40 vols par an et les taxis remboursés, sont-ils vraiment concernés ?), ils ne l’ont même pas prise en fonction de leur ancrage électoral (très rural et vieillissant). Non non, on vous le dit, ils l’ont prise par un véritable souci démocratique et anti-discriminatoire.

Car voyez-vous, imposer un contrôle d’aptitude aux plus de 70 ans revient à stigmatiser cette population. Et stigmatiser les vieux c’est grave (beaucoup plus grave que de stigmatiser les jeunes, la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam (58 ans), citée par Libé toujours, affirmant au cours des débats que «l’essentiel des accidents est le fait des 18-24 ans»).

Quel monde étrange. Alors même que la réforme du permis A entrée en application le 19 janvier 2013 renforce encore les restrictions imposées aux conducteurs en fonction de leur âge (permis AM à 14 ans, permis A1 à 16 ans, permis A2 à 18 ans et enfin permis A à 24 ans), on refuse un simple contrôle d’aptitude au delà de 70 ans. Alors même que, réforme après réforme, on rend le passage du permis de plus en plus ardu et coûteux (toutes catégories confondues), la population la plus susceptible d’avoir passé son permis dans des conditions très souples et la plus susceptible d’avoir développé de mauvaises habitudes, elle, est quasiment intouchable.

Pour ma part je me contenterai de souligner deux chiffres intéressants :

  1. Le premier, issu du rapport « Personnes âgées – Grands thèmes de la sécurité routière en France – ONISR –juin 2011 » sur les bulletins accident dans le Rhône en 2009 : le facteur d’accident « fatigue-malaise » est 2,2x plus fréquent pour les conducteurs de 65-74 ans que pour les moins de 64 ans, et 2,4 fois plus important pour les plus de 75 ans
  2. Le second (mentionné ici) : dans les accidents mortels impliquant un conducteur de plus de 75 ans, celui-ci est responsable dans 66% des cas. C’est à peine moins que les 18-24 ans (69%). Lesquels sont pourtant écervelés et inexpérimentés. Si ce chiffre justifie que l’on impose des examens de plus en plus restrictifs aux jeunes, des lois spécifiques voire des entraves à leur liberté de circulation, au nom de quoi protège-t-on les vieux ?
Au nom de leur mobilisation électorale peut-être : les 18-24 ans ont un taux d’abstention totale aux législatives de 51,8%, contre 20,1% et 23,2% pour les 70-74 ans et les 75-79 ans.

Allez, une dernière pour la route : la sénatrice Gisèle Printz (80 ans le 27 juin prochain) est citée par Libé déclarant «Je profite qu’il n’y ai pas encore de loi qui interdise aux plus de 70 ans de prendre la parole pour le faire». Un bon mot comme nos élus les aiment. Il y a pourtant une loi qui interdit aux moins de 24 ans d’être élus au Sénat. Mais celle-là non plus on n’y touche pas.