Archive | décembre 2014

Merci pour ce Vélo (pourquoi le CNSR a tout faux)

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Le CNSR a rendu ses préconisations annuelles, notamment concernant les cyclistes. C’est toujours aussi désespérant. Si l’on en croît le Conseil, le vélo n’est toujours qu’une activité ludique assimilable à la marche à pieds et dont les adeptes sont de vilains polissons, 6% plus nombreux à en mourir cette année. Le vélo n’est toujours pas considéré en France comme un moyen de transport. Une aberration lorsqu’on compare à nos voisins d’Europe du Nord.

Le vélo est un moyen de transport, pas un loisir

L’intérêt du vélo est de démultiplier efficacement l’énergie physique et de permettre, sans pollution et sans bruit, de se déplacer à un rythme soutenu d’un point à un autre. Le vélo est d’abord un moyen de transport fiable car non soumis aux encombrements, un déplaçoir économique (ou pas, si vous aimez les cadres carbone et les selles brooks) et sain pour celui qui le pratique. Une alternative idéale pour ceux qui ne supportent pas la congestion subie en voituCyclists_at_red_2_copenhaguen_source_wikipediare ou en transport en commun. Bref, le vélo est un vrai moyen de transport (et souvent l’un des plus intelligents), ce dont tant d’autres pays ont conscience.

Pourtant le CNSR continue de penser que les cyclistes sont de grands enfants. En témoigne la recommandation de « partager l’espace entre piétons et cyclistes plutôt que celui entre cyclistes et véhicules à moteur pour des raisons évidentes de rapport de forces » (sic, lemonde.fr citant le président de la commission 2-roues du CNSR), une réflexion très limitée : en ville, la différence de vitesse est supérieure entre piétons et cyclistes qu’entre vélos et véhicules motorisés. Les pistes cyclables sur les trottoirs sont ainsi de vrais pièges : les piétons y déambulent sans faire attention, obligeant les cyclistes à rouler au pas (ça valait le coup d’acheter un vélo…) voire à s’arrêter puis redémarrer, ce qui, à vélo, constitue l’effort physique le plus pénible qui soit.

Des amendes à moitié prix, la réflexion en solde

La plus médiatisée de ces préconisations est la mise en oeuvre d’amendes spéciales cyclistes. En clair des amendes à moitié prix : 45.60€ au lieu de 90€ pour un feu rouge, mais mieux appliquées puisqu’à ce jour, les forces de l’ordre sont plutôt tolérantes. Le CNSR s’appuie sur l’exemple pilote de Strasbourg avec des statistiques d’accidentologie flatteuses (une baisse qui ne saurait se réduire à cette mesure au vu des efforts de la ville en termes d’aménagements cyclistes). L’idée est que si les amendes sont moins coûteuses, elles sont mieux acceptées. Une position soutenue par la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette) qui argue, avec raison, que le risque qu’un cycliste tue ou blesse gravement un tiers en cas d’infraction est bien inférieur à celui d’un véhicule motorisé. En quelque sorte la sanction devient moins injuste proportionnellement à la gravité.

Cette préconisation du CNSR est cependant bancale. Juridiquement d’abord, puisqu’elle crée une inégalité devant la loi selon que vous ayez un moteur ou non, ce qui a valu l’annulation de l’expérimentation strasbourgeoise. Socialement ensuite, car en affichant une volonté de fermeté vis-à-vis des cyclistes, on dissuade encore un peu les citoyens de se mettre en selle (ce qui pourtant ferait du bien à nombre d’entre eux). A vélo, on subit déjà la pluie, le froid, le vent, la détérioration du réseau routier et l’agressivité des usagers motorisés. Si en plus on risque de se faire verbaliser par des agents ayant reçu des consignes de fermeté, on laisse tomber et on reprend le volant pour créer des bouchons au chaud comme tout le monde. Trop de contraintes, trop d’injustices aussi vu le bénéfice qu’offre le cycliste à la société.

Pour les cyclistes, pas d’amende mais des médailles

Et oui, j’aime bien provoquer, mais les cyclistes méritent des médailles, bien plus que des amendes. L’hostilité dont ils font l’objet est édifiante, à l’image du poète Pascal Jaubert qui twittait récemment « […] on dit pas cycliste, mais fdp ». Comprendre, fils de pute. Pourquoi exactement ? Concrètement, un cycliste c’est un usager de la route qui roule silencieusement, sans abîmer la chaussée, sans polluer, sans présenter un danger mortel pour les autres et sans encombrer l’espace public. Exactement l’inverse du véhicule motorisé qui, non content de polluer et d’être potentiellement dangereux, occupe en moyenne 8m² d’espace public sans payer de loyer. Qui est le fils de pute dans l’histoire ?

Donc oui, les cyclistes devraient avoir le droit de tourner à droite aux feux rouges en l’absence de danger (comme cela se pratique dans de nombreux pays) ou d’ignorer les feux rouges non situés sur une intersection en l’absence de piéton, de remonter les voies à contre sens. Parce que de s’arrêter puis redémarrer à un feu ou de faire un détour pour éviter un sens interdit, c’est un vrai effort physique et c’est une contrainte quand le climat est difficile (comme le soulignait Olivier Razemon récemment). Oui, les cyclistes mériteraient que les automobilistes leur disent merci tous les jours. Merci de ne pas faire de bruit, merci de ne pas polluer, de ne pas embouteiller les rues. Merci aussi de vous maintenir en bonne santé. Il en faudra des anciens cyclistes en pleine santé pour cotiser pour les cancers du colon des automobilistes passant leur vie en position assise. Je ne juge pas les pendulaires-automobilistes. On a tous nos contraintes et nos libertés (dont celle de ne pas aimer le vélo), mais reconnaissons ce mérite aux cyclistes.

Pourtant les cyclistes ne demandent pas de médaille. Rien pour le bénéfice qu’ils apportent à tous. Juste qu’on leur foute enfin la paix.

*Il faut dire que l’acteur en question incarne Brackmard dans Les aventures de Captain Brackmard et la Bite de Cristal, donc la délicatesse est son métier
NOTA BENE spécial pour tous les imbéciles rageux qui s’apprêtent à me traiter de bobo-écolo-terroriste : je suis piéton, cycliste-vélotaf, motard et automobiliste. En voiture, j’ai un six-en-ligne au ronronnement magique et je crèverai les armes à la main pour nos libertés individuelles. Mon moteur s’exprime avec joie sur les longs trajets en famille. Mais en intra-urbain, et particulièrement dans Paris, rouler en voiture c’est insulter son véhicule et le maltraiter. Comparativement, à vélo je pourris tous les autres modes de transport en termes de vitesse et de facilité (les automobilistes roulant à 19,4kmh en moyenne à Paris, et bien moins aux heures de pointe).
Plus rapide que la voiture et les chaussures, moins contraignant que la moto et infiniment plus agréable que le métro. Faire du vélo c’est un choix individuel rationnel qui bénéficie à l’intérêt collectif. Zut, je vais passer pour un utilitariste…
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