Archive | janvier 2017

Urbanisme et Moto

Sur Twitter l’autre jour j’ai lu ça :

Salut camarade. Tu me permets de t’appeler camarade ? Je suis motard aussi donc je me sens un peu proche de toi. Bon je suis cycliste aussi, et je voulais réagir à tes tweets au sujet de la circulation dans Paris. C’était un peu long, alors j’en ai fait un post de blog

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Il y a plusieurs éléments que je voulais aborder, d’abord généraux, ensuite spécifiques aux 2-roues motorisés.
1. Généralités sur la fluidité du trafic
1.1. Ce qui ne marche pas, nulle part :
Tu écris que « l’astuce pour moins de pollution c’est un trafic fluide et constant »
C’est a priori une évidence, et pourtant c’est empiriquement faux. Toutes les villes qui ont cherché à fluidifier le trafic automobile font face à des problèmes de pollution et de congestion majeurs. Exemple de Los Angeles qui depuis les années 1920 ne mettait en place que des axes larges et à sens unique en espérant fluidifier le trafic. Échec total : voilà 40 ans que la ville souffre de façon chronique d’embouteillages tentaculaires alors qu’ils ont des autoroutes urbaines en 2×6 voies. Tu trouveras ici un article (dont est issue la photo ci-dessous) sur une étude qui prouve que Los Angeles a les pires embouteillages de toutes les villes US. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis des autoroutes en ville pour fluidifier le trafic.
2x6 voies saturées à Los Angeles

2×6 voies saturées à Los Angeles

Il en va de même pour des villes plus récentes comme Dubai ou beaucoup de villes chinoises : aucune réflexion d’urbanisme quant au fait que le tout-auto ne fonctionne pas. Voilà ce que ça donne (source)

Trafic à Dubai

Pourquoi ça ne marche pas ? La réalité c’est qu’en zone urbaine, tout le monde va peu ou prou au même endroit au même moment. Et que l’auto est le moyen de transport le plus encombrant qu’il soit (1.2 personne en moyenne en occupant 10m2 d’espace public).
Donc si on fait plus de place aux autos, au détriment des autres moyens de transport urbain qui sont tous plus efficaces en densité (vélo<bus<tram<métro<train), on incite les usagers à rouler en auto. Donc il y a plus d’auto. Donc des embouteillages. Donc on élargit les voies. Donc il y a moins de place pour les autres moyens de transport, donc les usagers prennent plus leur auto. Et ainsi de suite jusqu’à saturation de l’espace public. Partout, toujours, les tentatives de fluidifier le trafic motorisé sont des échecs.
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1.2. Ce qui fonctionne :
Paradoxalement ce qui marche c’est de faire moins de place aux voitures. De limiter le trafic à ceux qui en ont vraiment besoin (services publics, secours, transports en commun, artisans, livreurs, taxis..). Pas aux automobilistes qui roulent seuls dans leur caisse pour faire quelques kilomètres en râlant contre tous les cons qui ne prennent pas le métro et qui les encombrent. Réduire le nombre de voies fonctionne parce que ça réduit le trafic.
Les contre-exemples qui fonctionnent bien ce sont les villes avec beaucoup de place pour le transport urbain dense, donc les transports en commun et le vélo. C’est notamment Copenhague, Amsterdam et les villes néerlandaises en général, qui dans les années 70 étaient pourtant envahies de bagnoles (super article dont est tiré la photo ci-dessous).
Amsterdam, d'une ville polluée et encombrée à une ville agréable et dynamique

Amsterdam, d’une ville polluée et encombrée à une ville agréable et dynamique

Vancouver, qui a supprimé ses autoroutes urbaines, favorisé les vélos et transport collectifs et redonné vie à son centre-ville. Séoul a fait de même et remplacé son autoroute urbaine par un parc autour d’une rivière (article source de la photo).
 korea-seoul-cheonggyecheon-2008-01
Bientôt Londres, où la circulation cycliste explose. Ou encore Barcelone, dont le plan d’urbanisme quadrillé d’axes larges à sens unique était pourtant conçu pour fluidifier le trafic, qui commence à interdire l’accès aux voitures à certains quartiers, excepté véhicules de secours ou de service. Et transports en commun et vélo.
La réalité c’est qu’on n’a pas l’intention de forcer les gens à faire du vélo ! Même aux Pays-Bas ils ne représentent que 35% du trafic. Chacun est libre de choisir son moyen de transport. Reste qu’il y a objectivement des moyens de transports qui représentent certains degrés de nuisance pour les autres. On est libre de circuler comme on veut.. du moment qu’on ne réduit pas la liberté des autres. C’est exactement pour ça que la place de la voiture en ville est problématique : elle impose sa place aux autres de manière très exclusive alors qu’il serait impossible de permettre à tout le monde de rouler en auto.
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2. La moto en ville
Évidemment tu sais déjà qu’une bagnole ça encombre et c’est pour ça que tu roules à moto. Du coup le 2e point que je voulais partager avec toi c’est pourquoi, alors que j’ai mon permis A, et que j’adore la moto, je roule à vélo en ville. Je vais répondre à cette question en repartant des points que tu soulèves dans tes tweets.
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2.1. Tu penses qu’une moto encombre comme un vélo? Voici la photo d’un stationnement vélo aux Pays-Bas (la gare Centrale de Delft, source).
Parking vélo de la Gare Centrale de Delft (rep' à ça, SNCF)

Parking vélo de la Gare Centrale de Delft (rep’ à ça, SNCF)

Oui, il y en a sur 2 étages. C’est le parking vélo de la gare centrale de Delft. Honnêtement tu ne mettrais pas la moitié de Deux-Roues Motorisés (2RM) dans cet espace. Parce qu’un vélo ça pèse entre 10 et 20kg et qu’à part le guidon, ça fait 15cm de large. Pas vraiment comparable, non ? En interfile, si t’es un motard costaud, tu passes avec 1 mètre entre les voitures. A vélo je passe avec 50cm en roulant (mon guidon en fait 42). Et si ça descend à 30cm, je pose les pieds, je lève l’avant et hop, l’embouteillage je le remonte sans souci.
Cette semaine j’étais beaucoup entre Paris et le 93. Deux fois à porte de Clignancourt ça passait pas. Rien. Même pas 20cm entre les caisses. J’ai porté mon vélo au-dessus de ma tête, marché sur le trottoir vélo à la main et traversé la Porte en 1min. Les motos ont mis plus de 10min sans exagérer. Cet été j’initiais un pote motard au vélo. Il roule en er6n. Pas une Rocket3, nan, un petit roadster de débutant. Pourtant il hallucinait de voir avec quelle aisance on peur remonter les files rapidement à vélo.
Et pour le stationnement, un vélo tu peux le ranger chez toi !
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2.2. Tu penses que la moto pollue peu ? C’est à moitié vrai. Les motos génèrent quand même des particules fines à cause de l’injection directe, et beaucoup de Composés Organiques Volatils qui sont très agressifs pour les poumons (surtout les vieilles motos). Honnêtement est-ce que tu aimes rester sans casque intégral derrière la ligne haute d’un scrambler ou d’un T-max ? C’est pas agréable non ? Bah quand tu pollues pas c’est comme quand tu pètes pas. T’aimes pas subir les gaz des autres. C’est à ça que servent les sas cyclables et les pistes ou bandes cyclables. Nous on roule sans pomper des gaz nocifs dans les poumons des autres donc on demande juste à ne pas avoir à se prendre les gaz directement dans les naseaux.
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2.3. Tu penses que la moto est plus rapide ? C’est vrai que sur les grands axes roulants je me fais pourrir par les motos (surtout qu’elles sont pas toujours à 50…). Mais je cruise sans forcer à 40-45 km/h (j’aime aller vite, j’ai un vélo de course). Si je m’énerve je monte à 50 (mais rarement, il faut vraiment avoir la route dégagée et pas de piéton. Et un peu de déclivité ça aide !). À 40 j’ai la même sensation de vitesse qu’à moto à 70 ou 80 en ville. Sans perdre de point, risquer ma vie ni celle des autres. Et j’accélère moins vite mais du coup me me prends pas de piéton tardif ni de grilleur de feu.
De toute façon sur les grands axes la vitesse est généralement limitée par les feux. Par exemple sur Réaumur ils sont synchronisés à 30. Sur les quais hauts Rive Droite et Rive Gauche, plutôt 35. Sur Rivoli c’est 20-25 (la vidéo est de moi). Les motorisés accélèrent puis se retrouvent arrêtés aux feux tous les 100m. Moi je me cale à la bonne vitesse et à chaque feu je les dépasse 2 secondes après le feu vert (pour éviter les fameux grilleurs). Le temps que les motorisés redémarrent (merci le start/stop et les oublis de repassage en 1e !) je leur ai collé 50m ou 100m dans la vue. Et au feu suivant ils seront ralentis par la vague précédente d’automobilistes qui roulaient à 50 pleine balle… pour se retrouver à 0 au feu ! Toute cette débauche d’énergie, 75.000Watts pour faire moins bien qu’un cycliste qui tourne à 175 watts ! Bref je suis très souvent plus rapide que les motards alors que je respecte les feux. Ma moyenne en ville est autour de 25km/h. Aussi vite avec aussi peu d’énergie, ça te donne l’impression d’être le plus intelligent du troupeau, c’est addictif !
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2.4. Tu penses qu’on transpire plus à vélo ? En fait entre le moteur qui chauffe, les bottes, le blouson et la dorsale, le casque… je transpire plus à moto. À vélo tu modules ta température avec ton effort et le refroidissement éolien. Et si tu n’arrives pas à rouler lentement, tu prévois des lingettes pour t’éponger les dessous de bras et une chemise de rechange au bureau. Basta !
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2.5. Tu ne comprends pas tous ces cyclistes qui dénoncent les incivilités des 2-Roues Motorisés ? Tu as la sensation d’être plus attentif aux autres que l’automobiliste moyen et je te crois parce qu’en tant que motard tu sais ce que c’est qu’être fragile. Tu vois ta sensation de fragilité envers les bagnoles ? Les cyclistes ont la même envers toi. Tu fais 3 à 4x leur poids, tu accélères fort. Tu roules vite par rapport à eux. Même si tu as l’impression de faire attention, quand tu dépasses trop près, quand tu rentres dans une piste cyclable pour gagner du temps, quand tu te mets dans le sas cyclable au feu rouge, outre le fait qu’on n’aime pas se prendre les gaz alors qu’on pollue pas (voir plus haut) et le bruit alors qu’on est silencieux (voir plus bas), tu fais peur aux cyclistes fragiles (enfants, personnes âgées ou enceintes) ou simplement les cyclistes pas aussi téméraires que moi. Du coup ils ont peur et roulent en bagnole. Objectivement tu préfères qu’ils roulent en caisse et ajoutent à la congestion ou bien qu’ils roulent paisiblement à vélo sans risquer ta vie ni polluer ? Bref le respect des pistes c’est pas anodin.
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2.6. Tu trouves que les 2-Roues Motorisés ne sont pas si bruyants ?
C’est un peu pareil pour le bruit. Ok un gros cube qui passe à côté à bas régime tu l’entends moins qu’un turbo diesel. Mais à haut régime tu sais bien que ça gueule (il y a même des moment où j’aime ça). Mais en ville, c’est stressant, c’est pénible. C’est pire pour les petites cylindrées qui sont toujours en surrégime et les boîtes de vitesse à CVT des scooters qui gueulent en permanence. Je ne parle même pas des pots dechicanés. Oui ça rend sourd. C’est pas pour rien que la plupart des circuits moto imposent des limites sonores !
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2.7. Alors je dis pas que les cyclistes sont tous parfaits. Il y en a qui font n’importe quoi. Je sais qu’il y a parfois des motards auxquels il arrive des trucs graves à cause d’un cycliste qui roule comme une merde. Un peu comme les piétons. Mais comme le piéton, le cycliste il ne va pas t’écraser. S’il te coupe la route, il va prendre vraiment cher. C’est pour ça que c’est pas si fréquent que ça. Dans la vidéo ci-dessus où je descends Rivoli, en 3m40, je dépasse ou croise 25 cyclistes. Aucun ne grille de feu. Le trafic est trop important ce serait dangereux. Même si on a l’impression d’en voir souvent, les grillages de feu sont rarement insensés c’est pour ça qu’il y a si peu de cyclistes tués (c’est un peu comme les excès de vitesse à moto, mais en moins dangereux ha ha ! ^^). À vélo comme en moto, il y a quelques connards mais pas beaucoup de suicidaires. Et globalement, même s’ils sont parfois difficile à anticiper, bah tu préfères les avoir à vélo qu’en bagnole. Parce qu’ils ne polluent pas l’air que tu respires et ne risquent pas de jouer aux quilles avec ta meule.
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2.8. Allez, pour finir sur une note plus positive (d’autant que moi, comme énormément de cyclistes, je suis attentif et je respecte le code de la route, merde !) : Tu penses que j’ai oublié que le plaisir à moto est plus grand ? En vrai, le plaisir à moto tu le trouves à prendre de l’angle sur les routes viroleuses où à taper des chronos à Carole. À raconter les arsouilles entre potes avec un peu d’exagération et beaucoup de mauvaise foi. La moto passion objectivement tu la trouves pas en interfile sur les maréchaux ou à faire des départs arrêtés entre les mazouts et les feux rouges. Ça, c’est du scooter. Pour un motard ça donne juste des pneus carrés et des sueurs froides..
À vélo en ville tu découvres que rien ne peut te ralentir durablement (travaux, accident, livreur, road rage…). Au pire, tu redeviens piéton et tu marches sur le trottoir, le vélo à la main pour passer l’obstacle. Tu sais toujours combien de temps tu mettras. Tu ne dépends pas du pétrole saoudien ou des variations du brut et des taxes. Tu es ton énergie propre (dans les deux sens du terme).
Tu redécouvres la sensation de liberté que tu as eu quand tu es passé du métro ou de la bagnole à la moto. Tu as l’impression de hacker le système tellement c’est efficace. Tu roules sans faire de bruit, sans encombrer, sans être bloqué par les autres ou dépendant d’une technologie que tu ne maîtrises pas, de l’économie ou de la géopolitique.
Liberté absolue.
Allez je m’arrête. Je te dis à bientôt. Si jamais tu croises en Île de France un cycliste avec des gants moto c’est peut-être moi. N’hésite pas à taper la discute. J’adore parler aux motards (t’avais remarqué ?).  Et si c’est pas moi s’il te plait, sois attentif comme tu aimerais que les caisseux soient attentifs à toi !
Amicalement
frère la route
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De la superficie dévolue aux transports

Aujourd’hui sur Twitter je suis tombé sur ce post (un peu outrancier mais passons derrière la provoc’ trollesque de parler de khmer verts – les cambodgiens d’ethnie khmer qui nous lisent choisiront entre rire et pleurer)

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En fait non. Votre logique est à l’opposé de la leur. Voici pourquoi :

1. Valeur relative d’un déplacement (tous les déplacements se valent-ils ?)
En pondérant par le kilométrage, intrinsèquement vous considérez que le trajet auto moyen a plus de valeur que le trajet piéton moyen parce qu’il est plus long.
En ne considérant que le nombre de trajet, ils considèrent qu’un trajet piéton a autant de valeur qu’un trajet auto. C’est simple. Leur logique n’est pas contredite par votre raisonnement, vos référentiels sont simplement radicalement différents.
Il y a plusieurs raisons à leur raisonnement. Je vais développer ci-dessous les raisons purement urbanistiques mais on peut tout de suite évacuer la raison électorale : les banlieusards qui font leur trajet pendulaire en auto ne votent pas aux municipales de Paris. Et les pendulaires auto sont de toute façon minoritaires. Qu’il détestent Hidalgo n’a aucun impact direct sur elle (statistiquement ils n’étaient déjà pas ses électeurs). Faire plus pour les piétons  (et donc pour les transports en commun puisqu’un pendulaire en métro est forcément piéton au début et à la fin de son trajet) est beaucoup plus payant électoralement.
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2. Ce ratio est limité : il ignore les transports en commun
Je fais une parenthèse sur la question de la superficie dévolue aux différents modes de transport : Ce simple ratio de surface publique en surface ignore totalement la place des transports en commun souterrains (dont le kilométrage moyen ET la part modale sont élevés – 32%).
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3. Faire plus de place aux plus encombrants ?
Mais revenons à votre raisonnement (plus de place aux autos car plus de distance moyenne pondérée) : si on l’appliquait à l’organisation de l’espace urbain, on devrait faire plus de place à celui qui a choisi d’aller vivre en grande banlieue et de venir à Paris en auto parce qu’il vient de plus loin que celui qui vit à proximité de son lieu de travail.
Mais pas faire plus de place à celui qui vient d’aussi loin en transports en commun ou en vélo qui sont beaucoup plus efficaces en termes d’emprise d’espace public (en mouvement et en stationnement). Et de faire moins de place à celui qui vit près de son lieu de travail.
Bref on devrait faire plus de place à celui qui en prend déjà le plus, simplement parce qu’il vient de loin dans un moyen de transport encombrant. Et en faisant plus de place à l’auto on incite les gens à s’installer plus loin et donc à prendre plus l’auto. Donc il va falloir leur faire plus de place au détriment des autres modes. Et ainsi de suite jusqu’à saturation de l’espace. Dynamique d’étalement urbain à l’américaine qui ne résoud pas les problèmes de congestion – regardez le trafic à Los Angeles ou Dubai, villes conçues autour de l’auto individuelle.. car attribuer 100% de la superficie publique aux autos ne permet pas (loin de là) de permettre le déplacement de 100% des usagers. Surtout en milieu dense comme Paris.
2x6 voies saturées à Los Angeles

2×6 voies saturées à Los Angeles

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4. Espace automobile exclusif vs. espace piéton inclusif
C’est ce qui nous amène au 2e aspect de ce raisonnement : l’espace dévolu à l’auto est totalement monovalent. C’est un espace exclusif (ce caractère exlusif est indispensable à la fluidité du trafic). Au contraire de l’espace dévolu aux piétons qui est inclusif urbanistiquement : il accueille les étals de commerces, les terrasses de restaurants, le mobilier urbain public (bancs, fontaines et ornements voire monuments historiques) les arbres et éléments verts, les stationnements « tolérés » de deux-roues motorisés (ha ha ha). Il ne sert pas uniquement à la circulation mais aussi à la flânerie, au commerce, aux loisirs.
C’est d’ailleurs un bien mauvais calcul de la mairie de Paris de donner ce chiffre simpliste de 50% dévolus à la circulation des voitures, soit 1400ha sur 2800ha (sans considérer le stationnement qui est pourtant le corrolaire obligatoire de la circulation des autos… mais passons). Car le chiffre de 2800ha est calculé à partir d’un simple ratio largeur × longeur de toutes les voies parisiennes qui ignore cet usage partagé de la surface non circulable. Il n’y a pas 1200ha strictement dévolus aux seuls trajets piétons. On y trouve des bancs, des arbres, des terrasses de restaurants, des devantures de commerces.. pas 1200ha de couloirs à piétons exclusifs.
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5. Un espace destructeur de valeur (et de PIB)
C’est cet espace qui est important pour faire vivre un centre-ville. Vous vous souvenez du contre exemple américain plus haut avec ses banlieues dortoirs tentaculaires ? C’est le modèle dans lequel il n’y a pas de centre ville piéton vivant. C’est le modèle des lotissements uniformes et des courses du samedi matin dans les zones d’activité commerciale périurbaines qui a tué le centre-ville de centaines de communes françaises. Des pans entiers d’économie saccagés simplement parce qu’une planification urbaine obtuse a été imposée politiquement. Tout ce PIB potentiel qui part dans du pétrole saoudien cramé sur le parking d’un hypermarché..
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6. Une illustration de ce principe
Les rares quartiers vivants de Paris le week-end sont ceux qui sont piétonniers. Comparez la rue Montorgueil aux centaines de rues de même largeur de Paris où l’espace piéton se réduit à deux trottoirs de 1m coincés entre les murs et les stationnements… et enfin à une échelle plus grande comparez le centre de Paris au centre d’une ville historiquement saturée de voitures et qui a revu magistralement la place de l’auto à la baisse : Amsterdam (oui, jusque dans les années 70 Amsterdam était une ville centrée sur l’automobile).
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7. Et pour la banlieue ?
Alors oui, ça veut dire faire moins de place à celui qui vient de banlieue en auto au profit de celui qui vient en transports en commun, ainsi qu’à l’habitant local piéton. C’est sûrement injuste pour le banlieusard qui se sent exclu dans sa banlieue dortoir (sinistre? rajoutons-en). Mais si ça pouvait l’inciter à demander à sa commune de faire pareil, de délimiter un centre-ville vivant, plus piéton, plus commerçant. Ce serait pas mal, non ? J’ai quelques exemples de communes de tous bords qui ont choisi de ne plus être des couloirs à trajets banlieue-Paris. Ça leur a réussi.
Moins d’argent dans les réservoirs. Plus d’argent dans les commerces locaux.
Bonus.
Dernière petite parenthèse : prendre son auto pour faire 6.9km en ville, il faut vraiment détester sa caisse. Personnellement j’adore ma voiture. Jamais je ne lui infligerai ça.
Mais bon, je dois déjà me retenir de rire en écoutant les parangons des 3 ou 4cyl diesel suralimenté défendre ce qu’ils appellent le plaisir de conduire !