Fury Road – Taxi vs. VTC, le coupable c’est l’Etat

FLR - fury road taxi

Difficile de passer à côté de cette actualité brûlante. Après les actions coup-de-poing de taxis nerveux tendant des pièges aux chauffeurs UberPop, les manifestations du 25 juin laissent éclater plus encore la colère des taxis traditionnels contre les chauffeurs privés. Ce sont cette fois tous les chauffeurs privés (et pas seulement les UberPop, les seuls dont la légalité soit questionnable) qui sont pris pour cible, leurs véhicules vandalisés.

FLR - fury road taxi - vtc vandalisé 2

Et les politiques, bien contents de pouvoir à nouveau flatter leur clientèle, prennent la défense des taxis contre une prétendue loi de la jungle ou un ennemi américano-paradifiscalisant (Bartolone, Estrosi, Cazeneuve, les Républicains…). Tout en manipulant des approximations pour faire croire que les VTC « délocalisent leurs profits hors de France ». Les artisans VTC, assujettis aux mêmes cotisations sociales et aux mêmes impôts que les taxis, apprécieront. (**voir note de bas de page sur UberPop et les cotisations sociales**)

Car ce n’est pas la concurrence qui est déloyale. C’est la loi.

En laissant les municipalités limiter le nombre de licences en circulation (à Paris, ce rôle échoit à la Préfecture), l’Etat empêche l’ajustement naturel de l’offre et de la demande. Raison pour laquelle les usagers se plaignent de la faible disponibilité de taxi en zones tendues comme Paris, et de leur coût franchement prohibitif.

Un système d’une absurdité confondante puisque, les licences étant attribuées gratuitement, elles ne rapportent rien à l’Etat. Elles peuvent être revendues par le taxi au bout de 15 ans (qui empoche dans ce cas la création de valeur) et pourront ensuite être à nouveau revendues tous les 5 ans. C’est naturellement leur rareté, provoquée par les limitations imposées par l’Etat, qui fait leur valeur et impose aux taxis entrant sur le marché de s’endetter pour le simple droit de travailler. Concrètement, elles n’enrichissent que les vieux taxis à la revente (et devient essentiellement leur pécule-retraite) et les banques qui en financent l’acquisition.

Les licences sont l’avatar d’un système absurde, injuste, qui fausse la concurrence et enrichit les banques.

Cher taxi énervé, le problème ce n’est pas toi, ce n’est pas les VTC, ce n’est même pas UberPop. Le problème c’est l’Etat.

Plutôt que de saccager les véhicules de gars qui bossent comme toi, demande à l’Etat de racheter les licences et de mettre fin à cette distorsion de concurrence (voir dans cet article comment ça peut se faire sans rapporter honteusement aux spéculateurs).

Une position notamment soutenue par le Collectif Antigone, l’un des rares à identifier la vraie source du problème

**Quant aux autoentrepreneurs qui essaient d’arrondir leurs fins de mois avec UberPop (et hors toute constatation sur les questions de permis et d’assurance pro), la différence de cotisation sociale avec les artisans est la même que dans tous les autres métiers où cohabitent des autoentrepreneurs à fiscalité allégée et des artisans. Les plombiers et chauffagistes ont beau râler contre les autoentrepreneurs qui font du dumping (un mot que les taxis se sont récemment approprié), ils ne vont pas vandaliser l’outil de travail des autoentrepreneurs. La raison est simple : l’Etat ne fausse pas la concurrence chez les plombiers ou les chauffagistes.

Merci pour ce Vélo (pourquoi le CNSR a tout faux)

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Le CNSR a rendu ses préconisations annuelles, notamment concernant les cyclistes. C’est toujours aussi désespérant. Si l’on en croît le Conseil, le vélo n’est toujours qu’une activité ludique assimilable à la marche à pieds et dont les adeptes sont de vilains polissons, 6% plus nombreux à en mourir cette année. Le vélo n’est toujours pas considéré en France comme un moyen de transport. Une aberration lorsqu’on compare à nos voisins d’Europe du Nord.

Le vélo est un moyen de transport, pas un loisir

L’intérêt du vélo est de démultiplier efficacement l’énergie physique et de permettre, sans pollution et sans bruit, de se déplacer à un rythme soutenu d’un point à un autre. Le vélo est d’abord un moyen de transport fiable car non soumis aux encombrements, un déplaçoir économique (ou pas, si vous aimez les cadres carbone et les selles brooks) et sain pour celui qui le pratique. Une alternative idéale pour ceux qui ne supportent pas la congestion subie en voituCyclists_at_red_2_copenhaguen_source_wikipediare ou en transport en commun. Bref, le vélo est un vrai moyen de transport (et souvent l’un des plus intelligents), ce dont tant d’autres pays ont conscience.

Pourtant le CNSR continue de penser que les cyclistes sont de grands enfants. En témoigne la recommandation de « partager l’espace entre piétons et cyclistes plutôt que celui entre cyclistes et véhicules à moteur pour des raisons évidentes de rapport de forces » (sic, lemonde.fr citant le président de la commission 2-roues du CNSR), une réflexion très limitée : en ville, la différence de vitesse est supérieure entre piétons et cyclistes qu’entre vélos et véhicules motorisés. Les pistes cyclables sur les trottoirs sont ainsi de vrais pièges : les piétons y déambulent sans faire attention, obligeant les cyclistes à rouler au pas (ça valait le coup d’acheter un vélo…) voire à s’arrêter puis redémarrer, ce qui, à vélo, constitue l’effort physique le plus pénible qui soit.

Des amendes à moitié prix, la réflexion en solde

La plus médiatisée de ces préconisations est la mise en oeuvre d’amendes spéciales cyclistes. En clair des amendes à moitié prix : 45.60€ au lieu de 90€ pour un feu rouge, mais mieux appliquées puisqu’à ce jour, les forces de l’ordre sont plutôt tolérantes. Le CNSR s’appuie sur l’exemple pilote de Strasbourg avec des statistiques d’accidentologie flatteuses (une baisse qui ne saurait se réduire à cette mesure au vu des efforts de la ville en termes d’aménagements cyclistes). L’idée est que si les amendes sont moins coûteuses, elles sont mieux acceptées. Une position soutenue par la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette) qui argue, avec raison, que le risque qu’un cycliste tue ou blesse gravement un tiers en cas d’infraction est bien inférieur à celui d’un véhicule motorisé. En quelque sorte la sanction devient moins injuste proportionnellement à la gravité.

Cette préconisation du CNSR est cependant bancale. Juridiquement d’abord, puisqu’elle crée une inégalité devant la loi selon que vous ayez un moteur ou non, ce qui a valu l’annulation de l’expérimentation strasbourgeoise. Socialement ensuite, car en affichant une volonté de fermeté vis-à-vis des cyclistes, on dissuade encore un peu les citoyens de se mettre en selle (ce qui pourtant ferait du bien à nombre d’entre eux). A vélo, on subit déjà la pluie, le froid, le vent, la détérioration du réseau routier et l’agressivité des usagers motorisés. Si en plus on risque de se faire verbaliser par des agents ayant reçu des consignes de fermeté, on laisse tomber et on reprend le volant pour créer des bouchons au chaud comme tout le monde. Trop de contraintes, trop d’injustices aussi vu le bénéfice qu’offre le cycliste à la société.

Pour les cyclistes, pas d’amende mais des médailles

Et oui, j’aime bien provoquer, mais les cyclistes méritent des médailles, bien plus que des amendes. L’hostilité dont ils font l’objet est édifiante, à l’image du poète Pascal Jaubert qui twittait récemment « […] on dit pas cycliste, mais fdp ». Comprendre, fils de pute. Pourquoi exactement ? Concrètement, un cycliste c’est un usager de la route qui roule silencieusement, sans abîmer la chaussée, sans polluer, sans présenter un danger mortel pour les autres et sans encombrer l’espace public. Exactement l’inverse du véhicule motorisé qui, non content de polluer et d’être potentiellement dangereux, occupe en moyenne 8m² d’espace public sans payer de loyer. Qui est le fils de pute dans l’histoire ?

Donc oui, les cyclistes devraient avoir le droit de tourner à droite aux feux rouges en l’absence de danger (comme cela se pratique dans de nombreux pays) ou d’ignorer les feux rouges non situés sur une intersection en l’absence de piéton, de remonter les voies à contre sens. Parce que de s’arrêter puis redémarrer à un feu ou de faire un détour pour éviter un sens interdit, c’est un vrai effort physique et c’est une contrainte quand le climat est difficile (comme le soulignait Olivier Razemon récemment). Oui, les cyclistes mériteraient que les automobilistes leur disent merci tous les jours. Merci de ne pas faire de bruit, merci de ne pas polluer, de ne pas embouteiller les rues. Merci aussi de vous maintenir en bonne santé. Il en faudra des anciens cyclistes en pleine santé pour cotiser pour les cancers du colon des automobilistes passant leur vie en position assise. Je ne juge pas les pendulaires-automobilistes. On a tous nos contraintes et nos libertés (dont celle de ne pas aimer le vélo), mais reconnaissons ce mérite aux cyclistes.

Pourtant les cyclistes ne demandent pas de médaille. Rien pour le bénéfice qu’ils apportent à tous. Juste qu’on leur foute enfin la paix.

*Il faut dire que l’acteur en question incarne Brackmard dans Les aventures de Captain Brackmard et la Bite de Cristal, donc la délicatesse est son métier
NOTA BENE spécial pour tous les imbéciles rageux qui s’apprêtent à me traiter de bobo-écolo-terroriste : je suis piéton, cycliste-vélotaf, motard et automobiliste. En voiture, j’ai un six-en-ligne au ronronnement magique et je crèverai les armes à la main pour nos libertés individuelles. Mon moteur s’exprime avec joie sur les longs trajets en famille. Mais en intra-urbain, et particulièrement dans Paris, rouler en voiture c’est insulter son véhicule et le maltraiter. Comparativement, à vélo je pourris tous les autres modes de transport en termes de vitesse et de facilité (les automobilistes roulant à 19,4kmh en moyenne à Paris, et bien moins aux heures de pointe).
Plus rapide que la voiture et les chaussures, moins contraignant que la moto et infiniment plus agréable que le métro. Faire du vélo c’est un choix individuel rationnel qui bénéficie à l’intérêt collectif. Zut, je vais passer pour un utilitariste…

[Vélo] ne pas porter de casque ne vous rend pas responsable (Tribunal Constitutionnel allemand)

Dans une décision attendue, le Tribunal Constitutionnel fédéral allemand arrête que, même non casqué, un cycliste non responsable d’un accident a le droit d’être intégralement indemnisé. Il s’agissait d’un sujet particulièrement sensible : un juge de première instance du Land de Schleswig-Holstein avait considéré qu’un cycliste victime d’une ouverture de portière d’auto devait voir ses prétentions à indemnisation réduites (en l’espèce, de 20%) en raison du non port d’un casque. L’argument avancé étant qu’un cycliste agissant raisonnablement doit porter un casque ou s’attendre à des blessures plus grave en l’absence de protection.

Cette décision de première instance a été invalidée par le Tribunal Constitutionnel Fédéral, un répit bienvenu pour les cyclistes.

Car la décision invalidée était particulièrement aberrante et inique : dans cette affaire comme dans tant d’autres, la responsabilité de l’accident est intégralement imputable à l’automobiliste non vigilant qui ouvre sa portière sans regarder. Cette décision de première instance est cependant symptomatique de nos sociétés ou il devient de plus en plus répandu d’inverser les responsabilités : le cycliste non casqué ou le deux-roues non munis d’équipement haute visibilité devient responsable de blessures causées par un tiers coupable. Une tendance dangereuse et qui pourrait bien s’étendre à d’autres domaines criminels.
Reste à savoir quel sera l’impact à plus long terme de cette décision : plus de sécurité juridique pour les victimes de ce type de déni de justice, ou un bien un changement réglementaire pour rendre le casque obligatoire aux cyclistes allemands ? La deuxième solution, que l’on espère improbable, marquerait un net recul pour la cause cycliste : le casque, quoique tout à fait efficace pour réduire sensiblement les blessures des cyclistes, est un facteur de dissuasion pour de nombreux usagers. Il complique le recours au vélo et donne l’image d’une pratique dangereuse. Or, il est statistiquement prouvé que l’augmentation du nombre de bicyclettes en circulation est un facteur de réduction du nombre d’accident et d’apaisement de la circulation en ville.
Bref, pour notre sécurité à tous il faut plus de cyclistes, pas des casques obligatoires.

Exemplarité – un véhicule de la police britannique contrôlé par un citoyen ordinaire

Quis custodiet ipsos custodes ? Qui gardera les gardiens eux-mêmes ? (1) Ce vidéaste britannique a voulu tester le contrôle que les citoyens ont de leurs gardiens de la paix. Il a donc tout simplement effectué une vérification sommaire d’un véhicule de Police (pneus et dispositifs d’éclairage) avant de noter le matricule, l’identité et le rattachement du Constable en question.

Je reste admiratif devant la coopération et l’amabilité du Constable Cawley. Il fait honneur à son institution.

Un bel exemple à suivre et qui s’oppose tristement à cet arrogant policier français mal stationné qui jouais au caïd face à un jeune homme en fauteuil roulant en décembre 2013 (article du Figaro). Il avait fallu une importante mobilisation pour que la Police Nationale et l’agent en question présentent des excuses (article du Dauphiné)

Dans un cas comme dans l’autre, c’est la caméra d’un citoyen qui surveille le surveillant. Moralité : équipez-vous.

(1) Cette phrase, attribuée à Juvénal, a une histoire amusante. Elle est aujourd’hui fortement associée à la notion de contrôle des dirigeants par les citoyens, particulièrement face à un pouvoir arbitraire, corrompu et/ou à l’égard duquel s’exprime une forte défiance. A l’origine, pourtant, sa signification est presque contraire et bien plus triviale : le narrateur s’interroge sur les moyens de contrôler la moralité des épouses lorsque les maris sont absent, puisqu’elles sont capables de séduire les gardiens eux-mêmes !

Ecotaxe, Ségolène Royal oublie l’écologie (mais pense aux taxes)

Royal AFP - LIONEL BONAVENTURESégolène Royal, à nouveau ministre de l’écologie (22 ans après), produit déjà ses premières idées pour remplacer l’impopulaire Ecotaxe (ici la synthèse du Monde.fr). Hélas, cette intervention occulte les enjeux écologiques pour se focaliser sur la question fiscale.

Deux axes

  1. Contraindre les camions à emprunter les autoroutes et surtaxer les exploitants autoroutiers sur ce gain supplémentaire. Nos ministres ont perdu l’habitude de conduire en France : les poids-lourds prennent déjà très largement l’autoroute, pour des raisons évidentes de délais et de sécurité. De fait, la proximité des infrastructures autoroutières est l’un des critères essentiels d’une bonne plate-forme logistique. Une mesure sans impact sur l’environnement et inapplicable dans les régions et les destinations peu desservies par autoroute.
  2. Mise en place d’une vignette aux frontières pour les camions étrangers entrant sur le territoire français « sur le modèle de la Suisse » (la référence à la Suisse citée par LeMonde.fr est erronée, voir plus bas). Il faudra rappeler à Mme Royal que dans une Union Européenne dont la clé de voûte est la coopération économique, il est impensable de mettre en place un tel protectionnisme. Peut-être est-ce un moyen politique de désigner le bouc émissaire européen en cas d’échec.

Ironie de l’histoire, Jean-Vincent Placé d’EELV (oui, toujours lui) approuve cette dernière idée : « Si ce sont les étrangers qui paient, ça parait peut-être un peu fantaisiste au départ, mais c’est une piste intéressante ». Les « étrangers », curieuse manière de désigner nos concitoyens européens. Une réflexion par ailleurs bien éloignée d’un objectif écologique car les poids-lourds étrangers ne polluent ni plus ni moins que les français.

Alors quelle idée lui soumettre ?

Déjà rectifier l’erreur sur la Suisse : il n’existe pas de vignette en Suisse pour les camions étrangers mais une RPLP, redevance poids-lourds liée aux prestations qui s’applique à tous les poids lourds, suisses ou étrangers (détails ici). Il s’agit d’une taxe au calcul kilométrique (entre 0,0205 et 0,0310 franc suisse par kilomètre et par tonne, selon les émissions de polluants) dont le but est d’inciter au ferroutage et transport fluvial. Le ferroutage et transport fluvial, justement, restent les parents pauvres de nos politiques. La France dispose pourtant d’infrastructures ferroviaires conséquentes et qu’elle contrôle grâce au monopole de RFF. Et son réseau fluvial est l’un des plus important d’Europe. Cette solution, pourtant efficace et écologique, reste oubliée par Ségolène Royal.

Cet oubli souligne que le souci de nos ministres aujourd’hui n’est pas de réduire la pollution, ni d’améliorer la sécurité et réduire la détérioration du réseau routier français : l’enjeu n’est ni plus ni moins que de trouver la bonne source à taxer, celle qui rapportera autant en étant moins impopulaireAucune logique écologique, aucun sens économique, aucune vision de société.

Pas totalement surprenant lorsqu’on se rappelle que les équipes aujourd’hui aux commandes de l’économie et de l’écologie sont les mêmes qu’il y a 22 ans, et qu’en 22 ans ces deux secteurs n’ont cessé de se dégrader.

A parte:

Ségolène Royal mentionne également l’avantage des camions étrangers qui ne sont « pas soumis à la TIPP » sur le carburant acheté hors de France. Elle ne sait peut être pas que la TIPP est devenue la TICPE  pour pouvoir bientôt taxer aussi la consommation d’énergie des voitures électriques.

Excès de vitesse et trois infractions – Cazeneuve perd 7 points de permis à sa première sortie officielle

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Notre nouveau et bien-aimé ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a décidé de frapper fort en visitant des casernes le 2 avril, quelques heures après sa prise de fonction. Fait intéressant : en rentrant sur Paris suite à ces visites, son convoi est filmé par les équipes du Petit Journal de Canal +, lancé à plus de 100km/h sur un axe limité à 90km/h (3e classe, 1 point de retrait, art R413-154). Il a par ailleurs commis deux autres infractions : un très beau franchissement de ligne blanche (art R414-11) et une très classe éjection de véhicules de citoyens ordinaires de la chaussée en les obligeant à rouler sur le bas-côté (art. R414-10) !

Deux contraventions de quatrième classe, une de troisième classe, 7 points en moins et jusqu’à trois ans de suspension de permis. Tout ça sous une ribambelle de gyrophares qui ne sont justifiés par aucune urgence médicale ni aucun impératif de sécurité…

Le message est clair : les lois, les radars, les limitations de vitesse et le respect des autres, c’est pour vous. Pas pour les ministres.

Reste qu’avec ces seules images du Petit Journal, Cazeneuve perd 7 points de permis et se fait suspendre pour 3 ans. Le budget « stage de récupération de points » de la place Beauvau se porte bien.

Les images de ces infractions sont visibles ici à 3:35

Pour aller plus loin
Dans la catégorie Au dessus des lois, nous avons aussi :

Avtomaidan – Révolte au volant

On a les révoltes qu’on peut. Alors qu’en France les associations d’automobilistes et de motards se mobilisent contre les limitations de vitesse et le stationnement payant, en Ukraine, certaines d’entre elles participent à la vague de contestation du pouvoir en place. Leur mouvement s’appelle Avtomaidan.

Lemonde.fr du 30 janvier publie un bel article sur l’engagement du mouvement Avtomaidan dans les manifestations contre le régime actuel en Ukraine. Voir en bas de cette note pour plus d’information sur ces manifestations, pacifiques en novembre 2013, devenues une vraie révolte suite à la répression brutale exercée par l’appareil étatique.

Avtomaidan, manifestations routières

Fait insolite dans l’histoire des mouvements populaires, Avtomaidan s’est structuré autour d’associations d’automobilistes. Lorsque l’Etat ukrainien à proclamé les lois liberticides du 16 janvier 2014 et a lancé les troupes de choc du Ministère de l’Intérieur (les Berkut) et des miliciens (les titouchkis) contre les manifestants, tenir le pavé est devenu difficile pour les citoyens ordinaires. Par une température de -17°C, l’eau des canons à eau de la police gèle presque instantanément. Seuls peuvent encore se battre les plus déterminés, les plus radicaux et les plus entraînés. Quelques associations d’automobilistes trouvent alors un moyen simple de mobiliser les citoyens lambda peu aptes à la baston : manifester en auto !

Défilés en voiture et assistance logistique

Des défilés et rassemblements de plusieurs centaines de véhicules sont organisés, notamment devant les luxueuses résidences des membres du gouvernement, pour en souligner la corruption. Ils apportent aussi leur soutien logistique aux manifestants, véhiculent les blessés (car les ambulances sont arrêtées par la police) et signalent les attaques de miliciens titouchkis. Ils sont aussi les premiers à documenter les violences policières, étant fortement équipés de caméras embarquées.

Répression, enlèvements, torture, assassinats

Ils pousseront leurs actions plus loin encore en organisant des embouteillages pour bloquer les cars de policiers anti-émeute et Berkuts. C’est à partir de ces actions spectaculaires et particulièrement gênantes pour le pouvoir que la répression va atteindre son paroxysme. Passages à tabac, véhicules incendiés. Enlèvements, torture et assassinats de plusieurs membres, dont des leaders du mouvement tels que Dmytro Bulatov ([update] enlevé et torturé durant une semaine), Igor Lutsenko, Yuriy Verbytsky (portés disparu). Un autre leader du mouvement, Sergiy Koba, a préféré fuir l’Ukraine sous les menaces.

Vulnérables par nature car visibles, peu entraînés et agissant loin du centre géographique du mouvement de Maidan, les automobilistes d’Avtomaidan sont aujourd’hui durement affectés. Le mouvement renaîtra certainement d’une manière ou d’une autre. On retiendra cependant qu’en Ukraine, des gens ordinaires, mus par une volonté de changement et de révolte contre la corruption et l’arbitraire.

NOTE :

Je n’ai pas vocation à débattre de politique, ni étrangère ni française. Ma ligne éditoriale est simple : je n’aborde que des sujets en rapport avec la route. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur la situation politique ukrainienne, leFigaro.fr a publié cet article d’analyse (payant) et leMonde.fr en offre une excellente couverture. Par ailleurs, des membres d’Euromaidan ont diffusé massivement celle-ci : Price of democracy (naturellement partiale mais qui résume bien les phases du mouvement : pacifique, répression, révolte)

Jean-Vincent Placé aurait perdu 36,3 fois son permis (ou pas)

Jean-Vincent Placé n’est « pas un homme de chiffres » et n’est « pas très bon avec les papiers » (c’est lui qui le dit), ce qui ne l’a pas empêché d’être membre de la commission des Finances du Sénat, rapporteur spécial du budget de la sécurité (police-gendarmerie) et orateur du groupe EELV pour les dossiers budgétaires, financiers et fiscaux (dixit wiki). Mais il n’est vraiment pas bon avec les chiffres et les papiers, au point d’avoir oublié de s’occuper de ses arriérés d’amendes routières.

18.161€, 133 amendes pour l’instant réglées par la région Île-de-France. Il va le rembourser, nous n’en doutons pas. Pour tout vous dire, on serait nombreux à aimer que l’Etat/la Région nous avance 20,000€ de trésorerie sur plusieurs années (le Canard avait révélé l’histoire une première fois en 2010), mais la jalousie c’est mal alors ne nous attardons pas sur ce point.

J’ai quand même une question. 133 amendes pour un total de 18.161€ ça fait une moyenne de 136,55€ par amende. C’est à dire que l’amende moyenne de Monsieur Placé correspond pile-poil à une infraction de 4e catégorie sanctionnée par 135€ d’amende. Par exemple :

  1. 0 points et 135 euros: Stationnement place handicapé
  2. 3 points et 135 euros: Excès de vitesse entre 30 et 39 km/h
  3. 3 points et 135 euros: Stationnement devant une borne d’incendie, sortie pompiers etc…
  4. 3 points et 135 euros: Dépassement par la droite
  5. 3 points et 135 euros: Dépassement trop près d’un piéton ou cycliste
  6. 3 points et 135 euros: Dépassement en queue de poisson ou sur le point de se faire soit même dépasser
  7. 3 points et 135 euros: Dépassement sans possibilité de se rabattre en toute sécurité
  8. 4 points et 135 euros: Excès de vitesse entre 40 et 49 km/h
  9. 4 points et 135 euros et suspension possible du permis: Passer au feu rouge
  10. 4 points et 135 euros et suspension possible du permis: Passer au stop sans marquer l’arrêt
  11. 6 points et 135 euros: 0,5 à 0,8 grammes d’alcool par litre de sang

Donc l’infraction moyenne de monsieur Placé, sur la base de la moyenne de ces 11 infractions, lui aurait coûté 3,3 points de permis. Sur 133 infractions ça fait donc 435,3 points en moins, soit 36,3 fois son permis retiré.

ça fait combien de stages de récupération de points ça ?

Petite revue de presse

Libé

Le Figaro

Le Monde

France Info

Métro

Ouest France

le blog d’Olivier Razemon transports.blog.lemonde.fr

Autonews.fr

Au-dessus des lois – le Directeur de l’ANTAI soupçonné de faire payer ses PVs par le Trésor Public

Je suis silencieux en ce moment, pris par le travail et la famille. Reste qu’il est difficile de ne pas rebondir sur cette info-là quand on parle d’actualité routière et qu’on se revendique anarcho-capitaliste.

Révélé par Mediapart : le préfet et directeur de l’Agence Nationale de Traitement Automatisé des Infractions, est soupçonné d’avoir fait payer ses amendes routières du dimanche(1) par le Trésor Public. Tout ceux qui, comme moi, ont fait cette année un chèque un peu plus gros que l’an dernier au Trésor Public apprécieront. Tout ceux qui ont besoin de leur véhicule pour travailler et tremblent à chaque point perdu seront heureux de savoir que le Grand Mamamouchi des radars, lui, aurait échappé au retrait de points pour ces infractions, et donc au retrait de son permis puisqu’il y aurait une douzaine d’infractions concernées. Il a même été maintenu dans ses fonctions en attendant une enquête par ses pairs de l’Inspection Générale de l’Administration, qui dépend tout comme lui du Ministère de l’Intérieur.

J’aime quand un événement anecdotique a quelque chose de révélateur. En l’occurrence de révélateur sur la moralité de ceux qui entendent nous gouverner, ceux qui nous donnent des leçons à longueur de temps. Souvenez-vous, le même préfet trouvait le 11 janvier 2008 (au micro de LCI) que les motards n’étaient pas assez verbalisés par les radars automatiques.

Je pourrais faire le parallèle avec Cahuzac mais citons-en un autre en rapport avec la route (ligne éditoriale oblige). Le 28 avril 2013, c’est un directeur adjoint de cabinet ministériel qui heurte délibérément un bénévole de rallye routier. Rendant visite à sa famille, mécontent de voir la route fermée par l’événement sportif, il force le passage. Normal. Cité par Midi Libre quelques jours après les faits, il prétend ne pas avoir « fait état de [s]a fonction pour avoir un passe-droit » (il voulait juste forcer une route fermée par arrêté préfectoral, comme monsieur tout le monde). Il déclare ensuite sans sourciller « Je n’ai pas eu un comportement violent ni délictuel avec le commissaire de course avec lequel je suis resté un long moment. Ce comportement ne serait pas digne d’un fonctionnaire quel qu’il soit ». Encore un beau donneur de leçons : sur la vidéo ci-dessous vous ne manquerez pas de voir sa 508 de fonction percuter sans ménagement le bénévole (de dos !) avant de forcer le passage.

Il n’a écopé que de 90€ d’amende, il est toujours en poste.

 

Un ministre du budget en charge de la fraude fiscale qui s’avère être un fraudeur invétéré et reçoit toujours son indemnité de ministre. Un préfet en charge des verbalisations qui ne paierait pas ses PV et échapperait au retrait de points. Un directeur adjoint de cabinet ministériel qui viole un arrêté préfectoral et heurte un concitoyen.

Nous payons leurs salaires. Notre patience a des limites.

(Connaissez-vous Lysander Spooner ? « These so-called governments are in reality only great bands of robbers and murderers, organized, disciplined, and constantly on the alert » No Treason, chap. 18)

(1) Apparemment il est acceptable de faire payer par le Trésor Public le coût des infractions commises les autres jours de la semaine… Vous aussi votre employeur paie vos amendes ?

Cannonball et supergendarmes – gros lieux communs et vraies questions

Bang.

Le Cannonball 2013 est lancé. Le Cannonball en une phrase c’est un rallye sauvage à travers l’Europe, à des vitesses pas toujours légales (mais finalement pas si élevées qu’on aimerait le croire), avec des étapes dans des cinq étoiles et une grosse fête à l’arrivée.

L’occasion pour nos amis journalistes de manipuler de bons gros lieux communs. Il faut dire que tous les ingrédients sont au rendez-vous : des riches, de la clandestinité, de la vitesse. Bref, tout ce qu’on adore détester en France. Comme je suis un casse-pieds professionnel, et que pour ma part j’adore détester les lieux communs journalistiques, je ne peux pas m’empêcher de relever les sottises qui se glissent dans leur articles en manque de relecture. Le candidat idéal cette année est le Figaro :

« Postés sur les ponts, au niveau des échangeurs ou encore embusqués aux sorties de service des autoroutes, ces traqueurs de bolides équipés de jumelles sont appuyés par des hélicoptères, des pelotons autoroutiers roulant en BMW 1 300 cm3 mais aussi en Renault Mégane RS capables de mener des chasses à des allures frisant les 250 km/heure. »

Un très beau doublé, car si les gendarmes motocyclistes roulent effectivement (pour certains d’entre eux) en BMW, pas besoin d’aller chercher très loin pour vérifier qu’elles ne sont pas en 1300 mais en 1150 ou 1200. Une probable confusion avec les FJR. Mais de toute façon, ni l’une ni l’autre de ces motos ne peut prendre 250kmh. Quant à la Mégane RS, sa vitesse de pointe est aux alentours des 250 en théorie. Mais soyons clair, même sur autoroute il faut un bail pour l’atteindre..

Les vraies questions sont peut-être à chercher de ce côté. Les frasques haut de gammes de grandes fortunes ça vend du rêve mais on s’en cogne un peu. Il conviendrait plutôt de se demander s’il faut vraiment équiper nos pioupious de véhicules rapides d’intervention (oui m’sieur dames, c’est la dénomination officielle). C’est un avis très personnel mais pour moi ça ne sert à rien. Poursuivre un chauffard c’est le pousser à prendre tous les risques, soit par jeu (ce qui concerne surtout les fortunes étrangères qui ne craignent pas trop nos retraits de points et nos tribunaux), soit par enjeu si sa cargaison est psychoactive. Sérieusement : un go-fast ne s’arrêtera pas si une Mégane RS vient le chercher avec son bi-ton. D’ailleurs la Mégane est une bonne voiture mais elle ne sera pas assez coupleuse pour les poursuites sur grand axes (l’Audi RS6, best seller du go-fast, est deux fois plus coupleuse et deux fois plus puissante même sans préparation moteur !), et une arsouille entre gendarmes et voleurs sur petite route de campagne, c’est au mieux dangereux, au pire mortel.

La-gendarmerie-casse-la-premiere-Subaru-WRX-56081 (source Caradisiac)

En France, à la différence d’autres pays, nos gardiens de l’ordre sont sensés obéir à un principe : l’intervention des forces de l’ordre ne doit pas causer un trouble plus grand que l’infraction concernée. En clair, on évite un flag’ sur les lieux d’un braquage quand on sait que ça peut tourner à la fusillade en pleine rue. On préfère cueillir les vilains chez eux (pas besoin d’immédiateté : le flagrant délit peut être constaté dans les 48h et l’enquête de flagrance peut durer jusqu’à seize jours !). Il en est de même dans le Code de la Route (Art 432-1) :

Les dispositions du présent livre relatives aux règles de circulation des véhicules ne sont pas applicables aux conducteurs des véhicules d’intérêt général prioritaires lorsqu’ils font usage de leurs avertisseurs spéciaux dans les cas justifiés par l’urgence de leur mission et sous réserve de ne pas mettre en danger les autres usagers de la route.

Prétendre qu’on peut poursuivre des délinquants à ces vitesses sans prendre de risque pour soi et pour les autres (qui se porte garant du fait que le chauffard est aussi prudent que le gendarme ?), c’est illusoire et parfois mortel. Un exemple ? Une Subaru au tas, 6 blessés dont 2 enfants pour… 50 euros d’essence [update: ou ici un usager qui n’avait fait de mal à personne, tué dans une course poursuite entre go-fast et douanes]

Alors pourquoi nos politiques et les cadres de la Gendarmerie s’acharnent-ils à défendre ces brigades rapides ? Une histoire de testostérone, peut être. Il faut avouer que ça fait du bien d’imaginer que les gentils aussi sont puissants. C’est l’occasion d’impressionner dans les chaumières. Une simple requête sur un moteur de recherche révèle les titres de presse : « prédatrice de chauffard » (gazetteinfo), « chasseurs d’excès de vitesse » (sudouest), « arme fatale » (nicematin). Tout ce que ces titres révèlent, c’est ce désir d’impressionner. Nous aussi on a nos gendarmes couillus à l’américaine. Même si l’initiative ne date pas de cette époque, on se souvient de nos ministres devant les Subaru de 2005 (on sait avec quel succès). L’Etat fait les gros bras, mais de qui se moque-t-on ? Sur le réseau secondaire c’est suicidaire et criminel. Sur autoroute, c’est illusoire sans un gros moteur (les flics américains ont eu des Cadillac XLR-V, les allemands des 911…). Je préfère des gendarmes qui attendent patiemment à la barrière de péage.

Ah il a la peau dure ce vieux fantasme de l’Etat qui nous tient dans la crainte de son superpouvoir. Foutu Léviathan.

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