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Pollueur payé – le scandale de l’IKV à 15ct

Ségolène Royal annonçait ce 13 septembre au micro de RTL/le Figaro que le montant final de l’indemnité kilométrique vélo s’élèverait à « 12 à 15 centimes par kilomètre ». Une trahison face aux associations, particulièrement la FUB, qui recommandaient un très raisonnable (timide?) montant de 25 centimes.

C’est surtout une considérable injustice envers les usagers à vélo. Concrètement, sur mon trajet quotidien de 5km en ville, la ministre de l’écologie jugerait normal de me subventionner à hauteur de 0.595€ par km si je sortais mon auto (un 6 en ligne de 11 CV fiscaux), mais de ne m’accorder que 0.15€ (voire 0.12€ !) pour mon effort et mon investissement à vélo. Bref je suis 4x plus incité à polluer et encombrer plutôt qu’à me donner la peine de rouler sans danger pour les autres, sans polluer et sans contribuer aux embouteillages.

C’est le nouveau principe du pollueur payé.

Cette décision est totalement inexplicable. L’argument du manque à gagner fiscal avancé par le gouvernement ne tient pas : si l’usager passe de l’auto au vélo, c’est autant d’IKV automobile à rembourser en moins. De surcroît, le gain économique du vélo est totalement ignoré (meilleure santé, moins de temps productif perdu dans les embouteillages).

Pourquoi chercher à dissuader les usagers de prendre leur vélo ? On retrouve la défiance traditionnelle envers ce moyen de transport que nos politiques ne comprennent pas. Je ne souhaite évidemment obliger personne à pédaler (ce serait contraire à mes principes !), mais il faudrait au moins avoir l’honnêteté de reconnaître que nous autres vélotafeurs n’encombrons pas, ne polluons pas, de faisons pas de bruit, ne détériorons pas la chaussée et ne représentons pas de danger pour les autres ! à mon sens ça s’apparent à un comportement vertueux.

Quitte à avoir une fiscalité incitative, autant qu’elle soit incitative dans le bon sens pour la société 

PS: Inutile de m’opposer le coût comparé de l’auto par rapport au vélo dans le calcul de mes indemnités : sur 5km, même si je consomme 15 à 20l/100 en ville (oui, j’ai un 6L atmo), ça représente moins de 1,5€ de pétrole (moins qu’un ticket de métro !). Bref, ça ne me coûterait pas plus cher de sortir mon auto que d’utiliser mon vélo, lequel requiert un investissement initial non négligeable (vélo et équipement) et des consommables (pneus, freins…).

Mais bizarrement, pour Ségolène Royal, je mérite d’être mieux récompensé quand je pollue dans les embouteillages au milieu des turbo-mazouts.

Allez comprendre

Rejets de CO2, consommations, le vrai scandale est ailleurs

C’est dit, c’est sorti, ce doit donc être vrai  les voitures consomment plus, parfois beaucoup plus, que ce que veulent bien dire les plaquettes des constructeurs. 25% d’écart moyen entre la consommation en situation réelle et lors des cycles d’homologation NEDC (1) selon l’ICCT. Oh comme c’est surprenant et inattendu…

Les cassandre nationaux seront les premiers à souligner que les constructeurs allemands sont les plus habiles en la matière (BMW en tête avec 30% entre le cycle d’homologation et la vie réelle), et les français les bons pigeons qui n’exagèrent que de 16%. Je cite un lecteur des Echos (deareup) « C’est tout de même pas anodin cela.Par exemple le Peugeot 3008 Essence 155 ch est déclaré à 159 mg : ça fait un malus de 1500 euro. Si Peugeot trichait autant que les Allemands ça ferait un malus de 300 … ». Pas sûr que ce soit aussi simple, et puis les germanophiles pourront toujours sous-entendre que les voitures allemandes sont nettement plus joueuses et qu’on tape forcément plus dans le moteur d’une BMW que d’un 3008… (oh les vilains)

Mais le vrai scandale est ailleurs, car peu d’entre nous conduisent comme un homologueur, à passer les rapports le plus vite possible et à rouler en limite de calage pour tenir la consommation au plus bas (nos embrayages en sont reconnaissants). Non, le vrai scandale reste le fait qu’en France et en Europe, on attache une subvention, un bonus malus écologique (NB : toujours donner un nom marketing aux lois, ça en fait des lois sympas), de +7,000€ à -6,000€, indexé sur le seul critère de l’émission de CO2. Ce monocritère absurde a excessivement favorisé les petits diesels sans filtre à particules dont on fait aujourd’hui semblant de découvrir la nocivité écologique et sanitaire. Ce bonus/malus a aussi accessoirement coulé certains modèles hauts de gamme pourtant fabriqués en France et pourtant équipés de filtres à particules. C’est malin les copains.

Bref, nos amis politiciens et lobbyistes ont encore accouché d’une usine à gaz (littéralement) que les acteurs privés, bien plus rapides au changement, se sont dépêchés de détourner.

La solution, elle consisterait à arrêter de vouloir légiférer sur tout. Facile à dire et pourtant vrai. Les entreprises savent s’adapter aux réglementations, c’est d’ailleurs leur condition principale de survie. En légiférant pour orienter les achats des consommateurs, on déséquilibre surtout le marché et on risque des absurdités comme ce soutien toxique aux petites citadines diesel.

Bref, qu’on arrête de s’attacher à des critères boiteux et qu’on revienne aux bases.

(1) à partir de 2014 nous passons du NEDC au WLDTCP, ça n’est pas une blague. Cette nouvelle procédure de test est sensée être harmonisée pour le monde entier (car c’est bien connu, au Tibet et aux Pays-Bas on conduit pareil). On peut s’attendre à ce qu’elle ne change rien.